Pourquoi c’est à nouveau possible de fabriquer en France …

| - 42 commentaires

J’ai fait une petite découverte économique en mettant sur pieds Archiduchesse, et je la partage avec ceux que ça peut intéresser.

En théorie faire fabriquer des produits en France alors qu’ils sont vendu principalement sur notre territoire est ce qu’il y a de plus “logique” “civique”, ou “citoyen”. Non seulement l’ensemble des impôts et taxes générés par la production sont versés directement en France, mais en plus des emplois y sont maintenus grâce, ou en partie grâce à cette production, et on s’en rend bien compte aujourd’hui à quel point c’est important. (sans parler de l’empreinte carbone et de toutes autres considération éthique néo-bobo-écolo, qui me touche comme tout le monde).

C’est très compliqué de rester compétitif en produisant en France, les charges et les salaires y étant plus importants que dans d’autres pays d’Europe ou qu’en Asie. Le coût de fabrication d’un produit quel qu’il soit, en est forcement impacté. Dans le système qui était le notre jusqu’à présent (avant que la vente en ligne ne devienne réellement grand public) c’est à dire dans le commerce de détail physique traditionnel, c’était difficilement réalisable, voir même impossible.  Si on prend le secteur qui m’occupe, le textile, entre la marque et son client, s’intercalent d’ordinaire au strict minimum 2 intermédiaires: le grossiste et le détaillant (la boutique multi-marques ou sont achetés les produits). Impossible donc pour un produit français coûtant le double à fabriquer, d’être vendu en boutique le même prix que ses concurrents étrangers, chacun des intermédiaires prenant sa marge sur ce produit comme sur un autre.

En parallèle de cette vérité imparable qui “oblige” les marques à fabriquer en dehors de France, les choses ont changé et de nouvelles méthodes de vente sont apparues. Avec Internet et le eCommerce, n’importe quelle marque peut désormais vendre ses propres produits en direct à ses clients, avec strictement la même puissance commercial que des enseignes ou des groupes pourtant 100 fois plus gros.

Et c’est justement là ou je voulait en venir, si désormais les marques Françaises vendent leurs produits sans intermédiaires (du producteur au consommateur) les marges ainsi récupérées aux grossistes et autres intermédiaires peuvent couvrir le surcoût d’une production française, tout en conservant un prix de vente concurrentiel. A condition bien sur de se limiter uniquement à ce canal de distribution, ce qui n’est bien sur pas possible pour des marques déjà implantées, mais faisable pour toutes celles qui ont le choix … comme Archiduchesse.

Imaginez dans 10 ans, quand 50% des marques existantes seront nées en ligne …

  1. Grand Sylvain dit :

    Ouais ! La “longue queue” de Chris Anderson s’épaissirait …?

  2. Bernard Pivot dit :

    “les choses ont changées”
    Changé.

  3. Patrice dit :

    C’est corrigé Bernard ! : )

  4. Francianslili dit :

    J’aime bien ce que tu as expliqué mais du coup je me dis: Dans 10 ans, le jour ou ses sociétés crées sur le web seront en forte concurrences, ne feront-elle pas la même chose que les grandes enseignes pour dégager plus de marge???

  5. Patrice dit :

    Ben on verra dans 10 ans … en attendant c’est possible. : )

  6. yann dit :

    La marque conserve (ou augmente) sa marque, soit.
    Mais je ne suis pas certain que le solde d’emploi serait positif, le gain d’emploi dans l’industrie compensant la perte des emplois chez les intermediaires (boutiques et intermediaires).

  7. yann dit :

    La marque conserve (ou augmente) sa marge, soit. et pas sa marque :-)

  8. nicouze dit :

    c’est sur que quand tu vois que les grandes marques comme adidas ou sony qui ont des boutiques en ligne et qui vendent encore plus cher qu’en magasin ça fout un peu les boules… ils se font des marges monstres !

  9. HugeB dit :

    effectivement, il y a un réel gain au niveau de la marge, mais aussi sans doute au niveau de la trésorerie (pas de paiement à 60 – 90 jours).

    En revanche, le paramètre “volume de ventes” semble encore à l’avantage de la distrib’ physique…

  10. Daniel dit :

    Cela sera vrai pour les marques qui sauront se créer une identité forte comme cela était la cas pour Lafraise.
    Avec archiduchesse, le problème (à mon humble avis) c’est qu’une fois enlevé “la cartonette magique en carton brut”, il reste une paire chaussettes de couleur…
    Pas de copywrite possible. Et autant c’était amusant de croiser un(e) inconnu(e) avec un tee-shirt lafraise autant là les chaussettes… ça risque de ne pas se voir au premier coup d’oeil non?
    Le concept me semble donc vraiment moins fort. C’est juste mon humble avis.

  11. nicouze dit :

    daniel > oui mais si tu prends “la cartonette magique en carton brut” et que tu la mets au poignet… (oui, ok, je sors)

  12. Sup' dit :

    Je suis d’accord avec Yann , les emplois conservé ou gagné en produisant en France et en vendant via le web se confrontent aux manque à gagné des intermédiaires ayant moins de boulot et donc qui finiront par licencié.

  13. Maître Capello dit :

    “Dans le système qui était le notre” -> nôtre (pour différencier pronom et adjectif)
    “puissance commercial” -> commerciale

    Ouais je sais on est chiants dans le gang de la grammaire française :)

  14. cyril dit :

    On oublie trop souvent que chaque français est responsable des délocalisations en voulant acheter moins cher. On peut pas en même temps avoir une cafetière a 20 euros et vouloir qu’elle soit fabriquée en france. Apres on peut en vouloir a ces salauds de patron mais c’est la faute a tout un chacun si on en est la.

    La même chose s’applique au secteur automobile ou on va préférer le modèle le moins cher a équipements équivalents. Et on en arrive a un point ou la France devient importatrice de véhicules.

  15. arnobao dit :

    Daniel>> je suis entièrement d’accord avec ce que tu dis. Maintenant , là où je pense que Patrice se démarque , c’est : le choix de coloris , et la production made in France. Patrice a bien raison de ne plus s’axer sur le concept la fraise , qui entre nous , a fait son tour et n’apporte rien de très jouissif à l’heure actuelle.Produire en faible quantité un tshirt à thème , mais produire en masse des thèmes de tshirt , le concept ne m’excite plus. Acheter des chaussettes flashies de qualités un poil (de jambe) plus chers que des chaussettes Puma 100% mycoses je ne vais pas y réfléchir à 2 fois je pense (quoi que je suis en train de réfléchir là non? :D )

  16. Daniel dit :

    c’est en effet possible et surtout ça sera peut être même plus avantageux dans 10 ans si entre temps le petrole flambe et la taxe carbone est imposée

    Ceci étant c’est pas une excuse pour se satisfaire du niveau des charges en France. Un peu de désendettement du pays ne ferait pas de mal à la compétitivité globale !

  17. Alarache dit :

    Félicitations à Patrice car quand on a le choix (et Patrice a le choix, il a la latitude de prendre un risque) la moindre des choses est de localiser, dans mon milieu beaucoup ne font pas ce choix alors qu’ils peuvent se le permettre…
    Après faut pas se plaindre de voir augmenter le nombre de RMIstes…

  18. Valérie dit :

    Les choses ont changé avec le ecommerce, et ça n’a pas fini de changer, effectivement… cependant la donnée volume celle qui permet (notamment) à la grande distribution d’écraser les prix existe et existera tout autant sur le net :))

  19. Ty dit :

    patrice> Le vente en ligne directement au consommateur/client se développe (grave) en réduisant les intermédiaires (boutiques…) et rends disponible beaucoup de chose très rapidement, tu veux telle affiche, elle chez toi dans 3j ouvrable alors que c’est de l’import hong-kongais. Un peu à l’instar du téléchargement, internet \o/. Donc cela favorise majoritairement les produits spécifiques.
    A mon humble avis, il restera, (avant l’avènement de l’imprimante 3d personnelle^^, ou de l’imprimante/métier à tisser), au moins un intermédiaire qui est le transporteur. C’est donc laposte en France qui a le monopole du transport de colis venant des échanges en ligne, je crois. j’aimerais bien voir comment ce secteur va se développer grâce aux site marchands.
    Quelques questions:
    Tout d’abord, connaît-on l’impact de l’activité des site en ligne sur celle de laposte et compagnie ?
    Verra t-on se développer une multitude de transporteurs à identité forte, comme Fedex ou UPS mais en plus petit ?
    L’offre actuelle de transport convient-elle ?
    Les camions et les avions brûlent encore du pétrole, et font de la distribution direct au particulier, au lieu de centraliser dans un super marché. exception les points relais.

    Oula, je veux pas dramatiser, du tout. Juste l’achat en ligne et la livraison rencontrent encore des problèmes : colis perdu, pas la bonne taille, prix du retour/échange, non correspondance, paiement en ligne. En tout cas, pour moi, la confiance relative dans les transporteurs fait réfléchir à deux fois pour commander !
    ++

  20. Ty dit :

    Donc, les frais de port augmente tout de même le montant de la commande. De 3 à 8 euros supplémentaire, c’est une marge non négligeable, non ?

  21. Daniel dit :

    Arnobao : quand tu dis que Patrice se démarque par le choix des coloris, on peut imaginer qu’on trouvera avant 10 ans des chaussettes de tous les coloris dans les magasins, en coton et à des prix discount (par rapport aux frais de port…)
    Et rien ne les différenciera (sauf la cartonette… ok).
    Pour le concept Lafraise, s’il à fait son tour c’est aussi parce que Patrice n’en n’est plus l’âme… il aurait réussi à faire évoluer le concept je pense.
    D’ailleurs pourquoi je discute de chaussettes moi? et vous?

  22. Patrice dit :

    Tu te trompes sur un point, on ne trouvera jamais 30 / 50 coloris de chaussettes en rayon dans un grand magasin, pour la bonne raison que ça multiplierait le nombre de référence en rayon, le stock … mais pas forcement les ventes qu’ils font et feront de toutes façons avec le trio noir/gris/blanc.

    C’est un concept marginal de vendre autant de couleur, mais un concept marginal qui a du sens sur Internet avec un marché national voire mondial, et très peu de charges.

  23. Daniel dit :

    Oui tu as raison on ne trouvera pas 30 ou 50 coloris dans un magasin “physique”.
    Mais tu connais la loi des 80/20, tu feras 80% de tes ventes avec 20% de tes références.
    Marché national oui, mondial non à cause des frais de port.
    Et n’oublie pas que tu n’as pas de droits sur les couleurs (essaie de déposer une couleur à l’INPI!)
    Mais c’est le marché qui te donnera raison ou pas.
    Si tu avais écouté les “corbeaux noirs” au moment où tu as lancé Lafraise, où en serais tu aujourd’hui??

  24. Polar Bear dit :

    “Imaginez dans 10 ans, quand 50% des marques existantes seront nées en ligne …” et ben 50% des grossistes et des détaillants traditionnels seront au chomedu ! Et puis ce qui est valable pour des chaussettes ne fonctionnera pas forcément pour d’autres vêtements plus couteux, et visibles sur soi, que l’on a envie d’essayer physiquement en magasin.

  25. Thomas dit :

    Même remarque ici au Japon. :-)

  26. Daniel dit :

    @Daniel (pas moi, l’autre): Tu fais erreur. Il est possible de déposer des droits sur des couleurs dans certains pays, dont notamment l’office européen des brevets
    cf le fameux cas de Deutch Telekom qui a déposé son fameux magenta
    http://onthecommons.org/content.php?id=492

    Et en retour le mouvement web qui conteste cela…
    http://www.freemagenta.nl/?page_id=121

    Reste à savoir si Patrice a envie d’investir des millions pour déposer le vert platini ou le rouge beaujolais

  27. Samy dit :

    Pas mal !

    l’intellectuelle Alain Soral parle aussi de ce problème dans cette vidéo :

    http://www.dailymotion.com/bookmarks/S1984AM/video/x8w85p_alain-soral-conference-090309-parti_news

  28. Samy dit :

    A regarder à 11:25 minutes.
    Pour ceux qu’ils ne veulent pas se taper la vidéo entièrement.

    C’est à partir de là qu’il parle des classes moyennes.

  29. Patrice dit :

    Ah non putain !!! Pas Soral par pitié … Me fais froid dans le dos ce mec là.

    Je m’y attendais un peu, mais c’est dingue de pas pouvoir (en France) parler de fabrication française sans que ce soit forcement rapproché d’une façon ou d’une autre de l’extrême droite la plus sournoise. C’est un vrai handicap qu’on a par rapport à d’autre pays, une sorte de culpabilité devant l’appartenance à notre belle nation. (et j’ai employé le terme nation volontairement).

    Parti Populiste, rien que l’intitulé du parti me fous les jetons.

  30. KLeM dit :

    Eh ben si j’avais su que je verrais le nom de Soral sur ce blog, je serais pas venu.
    Je vais pas épiloguer sur ce personnage, mais ça PUE

  31. Raf dit :

    J’avais fais une étude marketing chez le plus gros fabricant français de chemise pour homme l’année dernière. Il produisait son coton au Portugal et assemblais les chemises au Magreb. Certes, c’est pas la France, mais il arrivait à fabriquer et à livrer en 3 semaines, contre 3 à 6 mois en pour un fabricant asiatique. C’était donc un avantage concurrentiel important, qui lui permettait de vendre plus chère. Il avait aussi pour objectif de vendre en direct (web et boutique) et donc de récupérer les 50 à 60% de marge que se faisait le distributeur.

  32. Hector dit :

    le concept existe déjà : http://www.chaussette-symphonie.com/

  33. Thibaud dit :

    Y aura-t-il des grandes chaussettes (pour fille)?
    (une idée comme ça)

  34. Ty dit :

    Avec des modèles dos nu qui les portent !!!

  35. remiforall dit :

    Le concept du “made in France” commence à revenir au goût du jour à cause / grâce à des considérations écolos / durables et c’est une bonne chose, je trouve, pour notre économie, notre société et notre porte monnaie.
    Je m’explique, c’est certes un peu plus cher (beaucoup parfois) que du made in china/thailande/…. mais la qualité, la réactivité, les ratios qualité/prix, coût carbone et l’aspect social sont à mes yeux de plus en plus important et le seront obligatoirement très bientôt.
    Pourquoi ne pas accepter la pollution chez nous mais l’accepter ailleurs ? pourquoi vouloir de l’éducation pour nos enfants mais accepter qu’une grosse partie de nos produits de consommation soient fabriqués par des personnes qui ne savent ni lire ni écrire ?
    Alors oui le libre échange et le commerce apporte des évolutions dans ces pays usine mais à quel prix ?
    Le fait d’acheter local permet d’avoir une proximité avec le producteur / fabricant qui autorise une meilleure qualité de service lors de l’achat mais aussi dans le service après vente (et le recyclage). Alors c’est vrai que malheureusement il garde encore sans raisons un coté “patriote”, avec une petite odeur de “vieille france” dont on se passerait bien.

    petites questions qui ne m’empêcheront pas d’habiller mes pieds avec Archiduchesse, est ce qu’il y aura un malabar surprise dans chaque chaussette ? et est ce qu’on pourra s’abonner pour recevoir un paire par mois par exemple ?

  36. JoLaFrite dit :

    Je viens de lire un bon article (trouvé via des liens de liens), et les avantages de la vente sur le web y sont bien expliqués.

    C’est à lire pour étayer ton post Patrice !
    http://www.internetactu.net/2005/04/12/la-longue-traine/

  37. jeanse dit :

    La vente directe : du producteur au consommateur est à mon sens plein d’espoir.
    ça commence surtout dans le domaine agricole et ça marche plutot bien.
    Je connais plusieurs tout petits producteurs (qui travaillent seuls) qui s’en sorte très bien avec une production très limité. Il ne vendent qu’en direct (via les marchés ou des associations de type AMAP.
    Le concept et le post de Patrice c’est dans le même principe et ce qui fonctionne bien pour l’agriculture devrait aussi bien marcher pour les chaussettes !!!
    Il y a effectivement le transport mais les gros sites français utilisent de plus en plus les relais colis (ou autres réseaux équivalents) et les frais diminuent sensiblement.
    Je suis donc plutôt plein d’espoir est d’accord avec ta vision.

  38. a dit :

    Bon, je sais pas si c’était fait exprès mais j’ai adoré le jeu de mot sur “en mettant sur pieds Archiduchesse” !!

    Bonne chance avec ce projet Patrice ! :-)

  39. Jimmy (à Taipei) dit :

    le plus gros problème pour une boutique qui n’existe que sur le web c’est de faire connaitre et obtenir une crédibilité (c’est quoi ce site ? je vais pas me faire escroquer ?), il y a un gros travail de référencement à faire et de promotions online et offline pour se faire connaitre sinon on reste caché dans les entrailles du web et on ne vend jamais rien, et que ce soit du made in France ou du made in China c’est pareil.

  40. HelloNingbo dit :

    En Chine, il y a un portail web qui fait un carton et qui s’appelle ‘Taobao’ (www.taobao.com). Ce sont des milliers de boutiques virtuelles où on peut commander des centaines de milliers d’articles en ligne (vêtements, outillage, électroménager, jouets, audio, téléphonie, meubles, etc…). Ouvrir une boutique est aisément accessible à tout un chacun sans souci administratif ou taxes. Ceux qui ouvrent une boutique sont parfois des usines (fabricants), des détaillants mais aussi de nombreux particuliers qui travaillent après leur job du jour et se connectent le soir, stockant leur marchandise dans une pièce de leur apart. On tape par exemple “table de jardin” ou “Sony abcd” et on a une liste des produits que l’on peut classer par ordre de prix. Bien sur il faut vérifier le descriptif du produit. Un produit par exemple livré sans piles ou un appareil photo sans carte SD pourraient être moins chers, etc…En général les produits sont de 20 à 30% moins cher qu’en magasin. On peut converser en ligne ou par tel avec le vendeur. Il existe un système d’évaluation du vendeur avec cœurs, couronnes et diamants (on note la qualité de service et laisse un commentaire). Pour acheter on provisionne un compte et la banque nous remet une clé USB spécifique. Lors d’un achat la provision (sécurisée) est faite sur un compte tiers Taobao et libérée par l’acheteur après réception de marchandise. J’ai fait de nombreux achats en ligne et c’est vraiment super pratique. Bien sur il y a des achats que l’on préfère faire de visu, en magasin. Ce dernier va souvent offrir en plus d’une garantie, un service ou un cadeau en plus pour accuser le coup. La vente en ligne et en magasin redoublent donc d’ingéniosité pour acquérir de nouveaux clients. Oui la concurrence est rude mais ici c’est l’essence même du business afin que chacun puisse avoir une réelle chance de réussir…

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